jeudi 17 septembre 2015

Atelier d'écriture (court) 2014

     Comme promis lorsque j'ai écrit « Les ateliers d'écriture d'Élisabeth Vonarburg », voici donc l'édition 2014 des ateliers d'écriture. J'expliquais donc dans l'article précédent que j'ai reçu l'enseignement d'Élisabeth Vonarburg en 2006 et 2007, après quoi j'ai dû m'absenter des ateliers d'écriture, principalement par « congé de maternité ». Mais, la petite enfance finie par passer et en 2014, j'étais plus qu'heureuse de pouvoir ENFIN reprendre le cours des choses.

     Les choses ont quelque peu changé en 6 ans d'absence... Les ateliers se donnent désormais à la Maison des Écrivains » de Montréal, soit le siège social de l'Union des Écrivaines et Écrivains du Québec. Ensuite, Élisabeth a commencé depuis quelque temps à donner un atelier long (5 jours d'atelier intensif, immersion totale à Sherbrooke; on reste à coucher sur les lieux, on arrive la veille et on reparle au lendemain du 5ème jour...) et l'atelier court, soit 3 jours, de 9h à 16h30, la fin de semaine du congé de la Fête du Travail...

Groupe de l'Atelier court 2014



En haut, à droite: Marie Bulle, Caroline Lacroix, Élisabeth Vonarburg, Federico Alonso, Martin Mercure, Emmanuel Trotobas, Richard Trembley. Linge du bas: moi (Démie Lecompte), Isabelle Lauzon, Émilie Cloutier-Lévesques et Éric Allard.

      Autre chose qui a changé: la technologie! Maintenant, on vient aux ateliers avec son laptop (ouf! j'en ai un par chance!), on écrit directement par ordinateur et on s'échange les textes par dropbox, d'où on peut commenter, puis renvoyer sur dropbox.

Élisabeth Vonarburg en plein explication!

Par un beau matin d'atelier...

     « L'avenir appartient aux lèves tôt » (et aux masos qui travaillent tous les jours de la fin-de-semaine du congé de la Fête du Travail) ;o)

     On fait souvent des blagues avec les ateliers d'écriture. On va souvent dire « qu'il faut être maso et aimer souffrir la gouroutte d'Élisabeth » pour venir à ces ateliers. On va parfois faire référence « au fouet » etc. La vérité sous la blague, c'est qu'on ne vient pas à ces ateliers en croyant qu'on se fera dire « wow, c'est le plus beau texte, le plus fin, le plus extraordinaire que j'ai jamais lu!!! »
     Non.
   Élisabeth n'est pas née de la dernière pluie. Elle est docteure ET a été professeure en Création littéraire depuis 25-30 ans. Sa tête est une librairie de références de romans et nouvelles lues depuis la nuit de ses temps à elle... vraiment, elle en a vu bien d'autres avant nous...

     Élisabeth est aussi très avancée dans sa carrière d'auteure, elle a beaucoup d'expériences et son atelier ne s'adresse pas aux tout-débutants. Il y a déjà le prérequis d'avoir au moins lu son livre « Comment écrire des histoires », (et par extension, « Comment ne pas écrire des histoires » de Yves Meynard est aussi un très gros atout ;o) ), car ce sont des notions qu'elle considère déjà acquise, au moins au niveau théorique. Ses ateliers sont en quelque sorte la pratique de la théorie de ce livre. On travaille É-NOR-MÉ-MENT le narrateur, la voix qui raconte l'histoire.
      Avec Élisabeth, on est au moins au niveau 2.
     Et donc, on vient avec un texte, jeunes auteurs que nous sommes, sachant qu'il y a des défauts, sachant que nous avons des faiblesses à déceler et retravailler. On vient pour recevoir le mentorat de LA Grande Dame de l'écriture de SFFF* du Québec. Elle est exigeante, mais croyez-moi, elle remporte de nombreux prix et ces élèves qui suivent ses conseilles en remportent aussi!
     On nage dans la crème de la crème, mais une bonne crème, ça se fouette avant d'être réussi, donc on se fait brasser dans les ateliers d'Élisabeth! Avec de l'humilité et de l'objectivité, on pourra peut-être en ressortir grandis. De beaucoup, grandis! :)

* SFFF = Science-Fiction, Fantasy et Fantastique


Les participants de cette édition 2014


Caroline Lacroix
     Hey hey! Même après cette longue pose, ma chum Caroline Lacroix est toujours participante à l'atelier d'écriture! Toujours contente de te revoir à chaque événement littéraire Caro! :D


Federico Alonso
     Un nouvel ami de l'atelier d'écriture, arrivé à Boréal en 2011 lorsque j'ai recommencé à y aller. Il n'a pas de laptop à lui, alors il emprunte celui de sa fille et se cache derrière les « Princesses Star Wars » en fond d'écran. :P

Isabelle Lauzon
     Une nouvelle amie, Isabelle Lauzon dont le nom revenait souvent dans les conversations (car entre autre, elle a publié) et que j'ai ENFIN pu rencontrer en personne! :D 


Marie Bulle
Emmanuel Trotobas
Émilie Cloutier-Lévesques
Martin Mercure et Éric Allard
Richard Trembley

Élisabeth Vonarburg

Au coeur de l'atelier

     Le plus intéressant, je pense, des ateliers d'écriture d'Élisabeth, c'est qu'elle écrit avec nous, en même temps que nous. C'est comme si elle nous ouvrait les forges. Elle donne un exercice à faire, et elle le fait aussi. Bien sûr, elle ne subira pas le même « châtiment » que nous (non pas par clémence de notre part, mais bien parce qu'on ne trouve pas grand-chose à redire sur ce qu'elle écrit!), mais l'exercice est fort pertinent pour nous, car on voit « live » son premier jet, combien de pages elle a écrites et surtout comment elle les a écrites.

     Ça devient alors un modèle pour nous, un point de référence ou d'ancrage. C'était ici mon troisième atelier, avec un congé de... 5-6 ans entre les deux. J'arrive maintenant à faire la différence entre les différents niveaux d'écriture de chacun. À sentir, par l'écriture, le niveau de chacun. Et avoir bien sûr, au centre, Élisabeth, notre modèle, notre référence, notre marraine d'écriture à tous... et dans le cas d'Élisabeth, je vous jure que malgré la sueur – et les larmes, même parfois – son mentorat est presque maternel. Car il est clair qu'elle nous aime. Nous sommes la prochaine génération d'auteur-e-s, la deuxième génération à qui elle enseigne. Elle veut nous voir réussir, elle veut nous voir porter le flambeau, éventuellement, à notre heure. Et donc, sous les blagues du fouet, on sent le désir de l'excellence de l'autre. L'excellence de son élève.

Anecdote en parenthèse:
     Entre les deux ateliers d'écriture, j'ai au moins écrit une fois à Élisabeth, avec en main un texte de 100 pages, un début de roman jusqu'à son premier grand pivot. C'était hors atelier, donc pas d'argent sur la table (quoique les prix pour les ateliers d'Élisabeth sont ridiculement bas, tout juste assez pour son voyage de Chicoutimi à Montréal pour 2-3 nuits et la location de la salle). Je lui demandais si elle pouvait commenter mon texte, savoir si c'est un bon début, si le style et la narration tiennent le coup, avant de plonger plus loin dans l'histoire.
     Elle m'a répondue en moins de 12 heures qu'elle était débordée et qu'elle n'avait pas vraiment le temps de regarder en profondeur... et pourtant, il y avait une longue page de commentaires en simple interligne dans l'email (!!!) pour m'indiquer combien, de un, j'avais beaucoup progressé depuis le dernier atelier, puis  tous les trucs globaux à corriger, modifier, recommencer.

     Dites-moi: Comment ne pas se sentir materner? Comment ne pas se sentir être porté par les meilleures mains du monde? Comment ne pas croire en soi, quand LA Grande Dame de la SFFF nous tient sous son aile de la sorte? Au-delà de la prolifération de mots qui peuvent sortir des doigts d'Élisabeth à la minute... il y a un cœur immense, pour nous, la relève de la SFFF!
      C'est ÇA, être dans l'atelier d'Élisabeth Vonarburg.

Les exercices de cette année

     Cette année, plutôt qu'écrire une nouvelle, Élisabeth nous a demandé d'écrire une page (une seule!?!) sur le thème « une description de paysage » (bien entendu, comme nous sommes en écriture de SFFF, ce sera nécessairement un paysage imaginaire, légendaire, une planète inconnue, ou empreint de mystère) ;o)
     Puis, nous avons ajouté un personnage dans le paysage, nous avons tenté plusieurs narrateurs différents (narrateur omniscient discret, omniscient bavard, narrateur ignorant, narrateur aligné sur le personnage, aligné dans le personnage, le narrateur en « je ». Puis, différents tons (plus solennel, plus humoristique, décontracté, lâchez-vous loose!)

     À noter, avec Élisabeth, c'est le balai sur la narration en passé simple. Non pas que ce soit « mal », mais pour Élisabeth, c'est un héritage de la littérature anglophone qui, traduit en français, doit passer par un temps de verbe qui n'est plus tellement d'usage au quotidien. En français du moins, il est facile de tomber dans le passif, surtout en passé simple ou de mettre une espèce de barrière entre le lecteur et le récit, qui donne un effet de distance, de sécurité, bref, une barrière à briser, pour ramener le lecteur au premier plan, les pieds dans l'action, au présent, dans les souliers du personnage.

     Lorsqu'on écrit, on ne raconte pas ce qui s'est passé, comme on raconte une anecdote à ses amis ou le film qu'on a vu hier soir. Le livre est un support en soi, différent du cinéma. On n'a pas le visuel ni l'orchestre pour amener les émotions et « faire monter le climex », mais on peut être dans les pensées et dans le cœur des personnages, être très intimes avec eux et c'est pourquoi l'on dit toujours combien le livre était meilleur que le film. On est plus intime. Et c'est ce qu'Élisabeth nous apprend: à être vraiment, vraiment, très proche, et même parfois dans le personnage. :o)




Moments mémorables

     Pour moi, le fait de ne pas avoir à écrire de nouvelles, c'était génial! Juste à voir la longueur de cet article démontre combien je ne fais pas dans le court. Écrire une nouvelle, avec un début, un dénouement et une fin, c'est pour moi un art en soi et je ne l'ai pas. Les deux autres ateliers, j'ai eu plus de commentaires sur comment je n'ai pas réussi, en 15 pages, à mettre mes idées. Combien on dirait une tranche de vie, avec des trucs avant et des trucs à suivre, comme un chapitre en plein milieu, qui fini soit en queue de poisson ou on reste sur la faim d'une suite qui n'est pas là... Alors, en être épargnée et pouvoir travailler le style, la narration et tout le reste, c'était bienvenu pour moi! :D
     Comme le texte était court (une page), il était facile à reprendre, le mettre à l'envers, le secouer, le recommencer, le transformer. Beaucoup dans l'exercice, donc, et j'ai beaucoup aimé.
     Il faut dire qu'à l'atelier 2006, c'était 2 jours... et en 2007, je n'ai pu venir qu'une seule journée. Donc pour cette édition de 2014 – qui était 3 jours – je venais de doubler mon temps d'atelier d'un coup. Un vrai régal après tant de sacrifices personnels pour mes enfants! :P

     Le moment le plus mémorable de cet atelier a été lorsque nous avons échangé nos textes. C'est-à-dire qu'Élisabeth nous a jumelés deux par deux, et chacun devait réécrire le texte de l'autre. J'ai été jumelée avec Isabelle Lauzon. Je me rappelle qu'au moment d'ajouter un personnage dans son paysage, je lui avais fait le commentaire que le personnage de sont texte était présenté comme « un spécialiste » sur le terrain, mais je n'arrivais pas à voir s'il était géologue, botaniste, ou autre...
     Derrière, lorsque je lisais Isabelle, je me disais « wow, si je pouvais apprendre d'elle comment écrire simple, straight to the point, clair, précis, juste, wow! » et je pense qu'Élisabeth nous a inconsciemment entendues et nous a donné la chance d'échanger. J'ai donc amené un point de vue très « botanique » à son personnage, qui m'a valu plusieurs « wow » en général dans le groupe. Quoique ça restait dans une qualité « premier jet », j'avais une bonne idée d'où je m'en allais en l'écrivant. Résultat, on m'a dit que je devrais écrire plus souvent ainsi, c'est plus simple, mais à la fois très riche, c'est plus « moi ».
     Isabelle m'a aussi pondue un texte qui lui a valu plusieurs « wow », en faisant tomber le côté trop solennel, laisser tomber les trompettes et le je-veux-un-style-vraiment-extra-mais-c'est-pas-mon-genre et une fois toute cette poussière décrassée, il y avait la légèreté, la joie, la beauté, la simplicité d'Isabelle dans mes idées.

     Conclusion: j'ai beaucoup appris, encore une fois. J'ai appris à propos de moi, de mon style, de comment écrire « sans forcer ». Je me rends compte combien j'aurais dû écrire cet article l'an passé, car apparemment, je n'avais pas encore assimilé ces informations lorsque je me suis présentée pour l'atelier court 2015, donné par Geneviève Blouin. Ou peut-être que c'est le temps dont j'avais besoin pour que le nuage de poussière retombe et que je recommence à y voir clair.

     Bref, la prochaine fois, je vous parle de l'atelier 2015 ;o)

Trois belles filles sur la terrasse de la Maison des écrivains. Dernier midi. À droite: Marie Bulle, Caroline Lacroix et Isabelle Lauzon.
Élisabeth Vonarburg, Federico Alonso, Richard Trembley et Éric Allard.

Le classique de la photo de fin, où tout le monde est claqué... dans la Maison des écrivains de Montréal.

Puis, une sortie dans au pub, tous ensemble :)






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